Mélakh, un djinn aux pouvoirs extraordinaires

Extrait du roman : LA CORNE DU DJINN ( Guila Waly s’est rendu à Khondiom, un village de sorciers et de djinns pour connaître la « Main » qui lui a jeté ce mauvais sort qui éloigne les poissons de sa pirogue. Il vient de rendre visite à un premier sorcier dont le djinn a été malmené par cette mystérieuse « Main » et a capitulé. Guila Waly se rend dans la case d’un autre sorcier.)

couverture la corne du djinn-page-001

   Il s’engouffra dans une autre case. Il se retrouva dans un décor totalement différent de celui qu’il venait de quitter. Cette pièce était beaucoup plus fournie. Il y avait un peu partout de grosses malles métalliques hermétiquement fermées. Le sorcier, encore un vieil homme, était assis sur une épaisse peau noire. Et cette peau, lorsque Guila l’observa minutieusement, il lui sembla bien que c’était une peau d’homme.

     -Ne me dis pas qui tu es, je ne veux pas le savoir, s’était empressé de lancer le sorcier. Et lorsque l’affaire que tu es venu programmer ici s’exécutera comme tu le souhaitais, je veux que mon nom ne soit jamais mentionné. Je ne suis responsable d’aucun crime. Le criminel, c’est celui qui est venu solliciter les services de mon puissant djinn. Sommes-nous d’accord ?

     -Je suis totalement d’accord avec toi, lui dit Guila Waly. De toute façon, je ne suis pas venu pour causer du mal à quelqu’un. Je cherche plutôt à me délivrer d’un sort qu’on m’a jeté.

     -Je vais te laisser avec mon djinn. Va prendre un des petits miroirs qui remplissent la caisse qui est à ta droite.

  Guila Waly s’approcha de cette caisse. Elle renfermait des milliers de miroirs rectangulaires. Il s’empara d’un miroir.

     -Fixe ce miroir des yeux et appelle trois fois la personne qui t’intéresse !

  Guila Waly ne comprenait rien de ce que lui faisait faire ce sorcier. Il pensait que le vieil homme était en train de lui faire une démonstration pour lui prouver la puissance de son djinn.

 Il plongea son regard dans le miroir. Il y vit son visage, ce qui était tout à fait normal. Il appela alors la personne qu’il pensait être celle qui l’intéressait le plus dans ce monde.

     -Sokhna ! Sokhna ! Sokhna !

 Les images se brouillèrent aussitôt dans le miroir. Tout devint sombre à l’intérieur. Puis, brusquement, tout s’éclaircit de nouveau. Mais ce n’était plus son visage que Guila Waly voyait dans le miroir. C’était Sokhna, en train de ranger les ustensiles dans la cuisine, qu’il y observait. Guila en fut stupéfait. Son épouse continuait de s’affairer dans sa cuisine sans se douter que son mari était en train de la regarder.

      -Est-ce une personne que tu veux faire disparaître ? lui demanda le sorcier.

       -Non, hurla Guila en frissonnant de terreur. Sokhna, c’est ma tendre épouse ! Un don du ciel. Une femme exemplaire ! Je t’ai dit que je ne suis pas là pour éliminer quelqu’un.

       -Dommage ! dit le sorcier. Sinon, pour éliminer cette personne, il t’aurait suffi de briser ce miroir sur le sol. Une mort foudroyante allait immédiatement s’abattre sur elle. Je suis incapable de te dire le nombre de personnes qui ont eu recours à ces miroirs pour éliminer des ennemis ou même des proches parents dont elles souhaitaient hériter de tous les biens. C’est mon djinn Mélakh qui se cache dans ces miroirs. Il exécute ses missions avec une rapidité qui dépasse l’entendement.

      -Sokhna, disparais vite de ma vue, hurla aussitôt Guila Waly qui craignait que le miroir ne lui échappe des mains pour se fracasser sur le sol.

 Les images se brouillèrent de nouveau et le visage de Guila réapparut.

      -Je vais te montrer un autre pouvoir de Mélakh, lui dit le sorcier. Y a-t-il un objet qui se trouve chez toi, ou quelque part dans n’importe quel endroit de la planète, et que tu aurais aimé avoir en ta possession en ce moment ?

      -Ah oui, s’écria Guila Waly. En entrant dans ce village infesté de djinns, j’ai regretté de n’avoir pas emporté avec moi ce puissant gris-gris que mon père portait pour se protéger contre les mauvais esprits. Ce gris-gris, il se trouve dans un sac que je range toujours dans mon armoire.

     -Eh bien, Mélakh va te rapporter ce gris-gris en un rien de temps. Fixe le miroir et appelle ce sac.

  Guila Waly plongea son regard dans le miroir et appela :

     -Sac de cuir qui se trouve dans mon armoire et qui renferme le gris-gris de mon père !

  Le miroir se brouilla et fit apparaître l’image du sac en cuir au fin fond de l’armoire de Guila Waly.

      -A présent, va plonger le miroir dans la bassine que tu aperçois là-bas !

  C’était une grande bassine remplie d’un liquide noir. Guila y plongea le miroir et le liquide entra aussitôt en ébullition en dégageant une vapeur blanchâtre. Cela ne dura que quelques secondes. Le liquide noir redevint stable.

      -Mélakh t’a apporté ton sac. Il est dans la bassine.

  Guila plongea sa main dans le liquide et tâta un objet. Il l’empoigna et le fit sortir. Sa surprise fut grande. C’était bien son sac. Un sac bien sec alors qu’on l’avait tiré d’un liquide.

       -Vois-tu ? Mélakh est un djinn rapide comme l’éclair. En quelques secondes, il peut faire sept fois le tour de la terre. C’est quand il est parti récupérer ce sac que l’eau est entrée en bouillonnement. C’est quand il est revenu, que tout est redevenu normal.

      -Ce Mélakh est en effet un djinn extraordinaire, reconnu Guila Waly. Mais est-il capable de résoudre mon problème ?

       -Expose-nous ce problème et nous verrons !

  Guila Waly leur ouvrit son dossier. Il leur parla de ce sort qu’on lui avait jeté et qui risquait de lui faire subir la plus grande humiliation de sa vie : fêter la tabaski sans rien égorger.

      -Je voudrais que ton djinn m’indique la main qui m’a jeté ce mauvais sort et qu’il démantèle son œuvre maléfique.

      -Mélakh, dit le sorcier, tu viens d’entendre cette histoire. Es-tu capable de délivrer cet homme de ce mauvais pas ?

  Un grand feu avait alors jailli du sol. Un immense brasier qui flambait en crépitant se forma an centre de la pièce. Guila Waly recula, terrifié.

    -Ne crains rien, lui dit le sorcier. Ce feu, c’est une des mains de Mélakh. S’il tend la main, c’est pour que tu y déposes les cadeaux que tu lui apportes ; car Mélakh exige qu’on le paie d’abord avant qu’il ne se lance à l’action. Offre-lui quelque chose qui a de la valeur et il réglera ton problème.

  Guila Waly ouvrit sa valise et en sortit dix grands boubous rayonnants de splendeur.

     -Jette-les dans le feu. Mélakh les gardera dans son armoire.

  Guila largua tous les boubous dans le brasier. Ils flambèrent aussitôt. La vue de ces tissus de si grande valeur, de ces boubous si merveilleusement brodés qui se consumaient dans le feu avec de retentissants grésillements lui causa un terrible mal de tête. Lorsqu’ils disparurent tous dans les flammes, le brasier s’évapora. Le sorcier s’adressa alors à son djinn :

      -A présent Mélakh, montre à cet homme la main qui lui a jeté ce sort.

  Le miroir s’assombrit aussitôt.

      -Prépare-toi à voir le visage de celui qui t’a jeté ce sort, dit le sorcier.

  Guila Waly plongea ses yeux dans le miroir qui était toujours sombre. Puis, progressivement, des images commencèrent à faire leur apparition. Le pêcheur reconnut vite les fonds marins. D’énormes bancs de poissons allaient et venaient en tous sens.

      -Quoi, murmura-t-il. Celui qui m’a fait ça habite-t-il dans les profondeurs de l’océan ? C’est peut-être un pêcheur qui s’est noyé et dont le corps repose dans ces fonds.

  Les images devenaient de plus en plus nettes dans le miroir. Une sorte de grotte sous-marine apparut. Il faisait très noir à l’intérieur de cette grotte. Guila Waly vit alors surgir dans cette obscurité quelque chose qui ressemblait à une figure monstrueuse. C’était bien une créature aux yeux rouges comme des braises incandescentes. Guila crut reconnaître une énorme corne sur le côté droit de la tête. Mais il ne décela rien sur le côté gauche. Son cœur battait à tout rompre.

    Le miroir explosa subitement et se dispersa en mille morceaux sur le sol. Le sorcier, effrayé, avait bondi de sa peau d’homme.

     -Que se passe-t-il ? Mélakh, où es-tu ? hurlait-il.

 Il se tourna vers Guila Waly :

     -Qu’as-tu fait à mon djinn ? Où l’as-tu envoyé ? L’aurais-tu jeté entre les griffes d’un redoutable djinn ?

  Les flammes ressurgirent alors du sol. Une sorte de grognement douloureux en sortit.

      -Ah, te revoilà, Mélakh, s’écria le sorcier tout heureux.

    Un terrifiant grondement jaillit de ce brasier. C’était Mélakh qui parlait :

       -Maître, dit-il, cet homme est victime d’un puissant djinn qui gît au fond des mers. C’est lui qui chasse les poissons pour qu’ils ne remplissent pas sa pirogue. Ce djinn est doté d’une force effroyable. Il a failli me briser sur les rochers de la côte où il m’a propulsé. Je ne peux rien pour cet homme. Qu’il reprenne ses cadeaux et qu’il s’en aille.

  Le feu se mit aussitôt à cracher, un à un, les beaux boubous que Guila y avait jetés. Ils luisaient toujours de splendeur comme s’ils n’avaient jamais été brûlés. Le pêcheur les remit tous dans sa valise et s’en alla.

  Le sorcier le raccompagna vers la porte en lui disant d’une voix triste :

      -Mon pauvre, je crains que tu ne sois condamné à vivre tout le restant de ta vie avec cette malédiction. S’il y a un conseil que je peux te donner, c’est de ne plus perdre ton temps à Khondiom. Quand Mélakh dit d’un djinn qu’il est très puissant, tu ne trouveras pas ici une force capable de vaincre cette redoutable créature. Rentre dans ton village et invoque, matin et soir, le secours de ton seigneur. Je ne vois que lui qui soit capable de te délivrer de cette mauvaise passe.

   Guila Waly ne se le fit pas répéter. Les deux aventures qu’il venait de vivre lui avaient causé des frayeurs si intenables qu’il n’osait plus consulter d’autres sorciers. Une chose était maintenant certaine pour lui : Ce qui lui arrivait n’était pas l’œuvre d’une main humaine. C’était un djinn, un puissant djinn, qui manœuvrait pour qu’il n’ait pas son mouton de tabaski.

 

Publié par

Matar Sow

Je suis auteur. Je viens de publier un roman : Satan contre Adam : le conte de l'ange déchu et de l'homme élu.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s